
A l’ère des bâtiments à toit plat, des terrasses surdimensionnées et des baies vitrées, le concept de « Mémoire du Lieu » peut paraître insignifiant. Et pourtant, il devrait faire partie intégrante de tout concept architectural si l’on veut conserver l’âme du territoire bâti par nos ancêtres.
En effet, de nos jours, l’architecture est devenue une marchandise de consommation. On ne tient plus compte des éléments structurants d’un projet qui devraient prendre en considération la nature et les matériaux du Lieu. A travers les images véhiculées par la publicité, les sites Web et la télévision, les individus achètent une image qui est, par essence, artificielle et internationale. Par conséquent, le projet ne correspondra pas au Lieu. Non seulement le projet ne s’intègrera pas à la typologie du Lieu, mais en plus, le bâtiment se dégradera très rapidement par le choix des matériaux importés.
On vit dans une iconographie simple et brutale où le langage est marchandise.
Alberto Sartoris
Afin de comprendre l’intérêt de la connaissance de la Mémoire du lieu, quelques exemples :
- En supprimant les avant-toits et les tablettes de fenêtres les façades du bâtiment ne sont plus protégées de la pluie et de la neige. A long terme, des coulures laisseront des traces sur les façades et le crépi se fissurera en raison de l’humidité. De plus, l’avant-toit protégeait le bâtiment de la chaleur du soleil en été.
- En remplaçant la toiture à deux pans des bâtiments par un toit plat, comme dans les pays chauds et secs, la neige et la pluie ne sont plus évacuées et stagnent sur le toit. Même si la construction est réalisée avec soin, il y a un grand risque d’infiltrations d’eau dans la toiture à moyen et long terme.
- En choisissant des volumes triangulaires dans la conception du projet, sans autre justification que l’image, à l’intérieur du bâtiment des espaces impossibles à meubler.
- La mode actuelle des grandes baies vitrées ou des façades en verre ne correspond pas à notre climat et à notre culture. Ces grandes ouvertures amènent de la chaleur en été et créent des ponts thermiques en hiver. Et comme le bâtiment n’est la plupart du temps pas isolé, la nécessité d’utiliser des rideaux le jour et des stores la nuit supprime le but premier qui est la recherche de la vue et de la lumière.
- En dernier exemple, les nouveaux bâtiments à la montagne qui sont construits comme en plaine (pas d’avant-toits, peinture sur les façades, grands espaces intérieurs qui impliquent l’utilisation du béton ou des poutres en lamellé-croisé) s’altéreront au fil du temps car ils ne sont pas adaptés au Lieu. Et le désir de construire de plain-pied pour avoir de grandes terrasses résulte une fois de plus de la méconnaissance de l’architecture vernaculaire car la construction des bâtiments surélevés avait pour but d’empêcher les souris de rentrer à l’intérieur.
Notre objectif n’est pas de construire comme nos ancêtres, mais d’adapter le langage de l’architecture vernaculaire du Lieu au nôtre. En effet, deux nouvelles composantes essentielles font de nos jours partie intégrante de toute construction ancienne comme nouvelle : ce sont l’enveloppe thermique (isolation du toit, des façades et des sols, fenêtre à double ou à triple vitrage) et l’efficacité énergétique (utilisation d’énergie renouvelable, capteurs solaires thermiques et photovoltaïques).
Le défi de l’architecte consiste donc à ce que la nouvelle intervention architecturale, du mur au tissu urbain, s’intègre dans le territoire existant en respectant ses règles propres.
En complément, il est important de souligner que La Mémoire du Lieu ne se résume pas seulement à l’aspect esthétique et traditionnelle de l’architecture. C’est également une question de durabilité, de respect de l’environnement et de préservation de l’identité culturelle.
Lorsque nous ignorons la Mémoire du Lieu, nous perdons des savoir-faire ancestraux, des techniques de construction adaptée au climat et à l’environnement local, ainsi que des matériaux spécifiques à la région. Cela conduit à une uniformisation des paysages urbains et une perte d’identité architecturale.
La Mémoire du Lieu nous rappelle l’importance de comprendre l’histoire et les caractéristiques d’un site avant d’entreprendre toute intervention architecturale. Rénover, transformer, agrandir, construire un nouveau bâtiment en tenant compte de la Mémoire du Lieu, offre des opportunités pour l’innovation et la créativité. En puisant dans les enseignements du passé et en les réinterprétant, nous pouvons créer des architectures contemporaines qui reflètent l’esprit du Lieu tout en répondant aux défis de notre époque.
En conclusion, la Mémoire du Lieu devrait être considérée comme une composante essentielle de toute démarche architecturale. C’est une manière de respecter le savoir de nos ancêtres acquis pendant des siècles, de préserver notre patrimoine culturel et naturel tout en répondant aux nouveaux critères de notre temps qui sont l’enveloppe thermique et l’efficacité énergique des bâtiments.












